L'éducation hors de nos frontières : billet d’Inde

Jean-Marie Cochet, notre collègue de Lille, est en voyage pour 6 mois en Asie pendant lequel il s’est proposé de nous écrire, sous un angle éducatif, des billets sur les pays traversés. Nous publions aujourd’hui son premier billet sur le système éducatif indien, dans cette communale et dans la rubrique « récré-action » de notre site internet. Ses prochains billets décriront son regard des écoles visitées en Thaïlande, en Birmanie, au Vietnam et au Japon. Nous vous souhaitons une bonne lecture voyageuse…

Propos liminaire : ce billet d'Inde n'a pas vocation à fournir une analyse du système éducatif indien mais seulement d'en donner un aperçu au regard de quelques visites d'établissements et d'échanges avec des enseignants et directeurs d'école.

L'Inde, plus grande démocratie du monde, plus d'un milliard d'habitants, le pays de tous les superlatifs. Nous avons découvert son système éducatif par la visite des trois types d'établissements que compte le pays. Notre 1ère visite nous a mené devant un bâtiment en béton sans charme abritant une « Charity school », école portée par une fondation au nom singulièrement exotique de « Fior di Lotus ». Passés sous le porche, nous entrons dans une cour de sable autour de laquelle 5 ou 6 salles de classe donne directement sur l'extérieur. Les jeunes filles de 3 à 18 ans prises en charge par cette fondation débordent des classes trop petites, si bien qu'un des groupes est à même le sol sous un préau. L'ambiance est studieuse, l'uniforme, rose, offert par les donateurs, comme les livres, le repas de midi (servi à la chaîne sur une table en bois dans la cour) et le matériel. Ces jeunes filles viennent toutes de familles pauvres qui ne peuvent pas payer les faibles frais d'inscription des établissements publics et le matériel scolaire.

Les établissements publics sont l'étape suivante de nos découvertes. Le bâtiment du collège que nous visitons a un aspect extérieur plutôt fleuri et accueillant, qui tranche avec la vétusté des salles. Le mur d'entrée porte une maxime qui rappelle, dans une Inde marquée par de profondes inégalités de niveau de vie, que la richesse n'est rien sans une bonne santé (« You can't enjoy wealth without health »). Après une rapide balade dans les rues de Delhi, l'observateur extérieur pourra objecter que la richesse des uns a l'air de les garder en meilleur santé que d'autres.

L'établissement est vide de ses élèves qui se préparent à un examen national qui se tient deux fois, à l'âge de 16 ans environ et à l'âge de 18 ans. Le directeur et les enseignants peignent un tableau ambivalent du système éducatif public : quasiment gratuit mais manquant de moyens pour entretenir les bâtiments, les donations étant les bienvenues (nous figurons d'ailleurs actuellement sur le tableau d'honneur d'un collège du Rajasthan comme généreux donateurs) ; considéré comme moins prestigieux que les écoles privées, qui proposent souvent un enseignement entièrement en anglais, mais très exigeant dans le recrutement de ses enseignants.

Les enfants indiens étudient dès l'élémentaire les sciences sociales, les sciences « dures », l'hindi, l'anglais et le commerce (« trade »). Ils choisissent une dominante parmi ces matières au collège.

Nous finissons nos visites par une école privée, que notre guide, qui y scolarisait sa fille, nous a décrite comme meilleure et disposant de plus de moyens. L'inscription annuelle, d'environ 150€ est à portée des familles disposant d'un emploi stable et un minimum rémunérateur. En franchissant une porte identique à celle d'une maison, nous passons devant le bureau de 4m² du directeur donnant sur une cour de 30m² environ servant aux 110 élèves de l'école. Ceux-ci se tassent dans des salles où les enfants tiennent juste assis. Les enseignants ont passé le même concours que les enseignants du public, le programme est issu d'un curriculum approuvé à l'échelle de l'état du Rajasthan (l'Inde étant un Etat fédéral), entièrement en anglais. Comme dans la charity school, la concentration des enfants nous a impressionnés d'autant que le petit garçon de 3 ans côtoie à 2m de lui des enfants de 12 ans.

A notre remarque naïve sur le calme régnant dans l'établissement répondit la calme froideur d'un directeur d'école : « ils savent que leur avenir se joue ici ».